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L'actualité de la Saline de Diego Suarez

Faire face aux défis du changement climatique

La Compagnie Salinière de Madagascar donne communication des deux résumés la concernant qui seront présentés à la seconde conférence internationale sur l'importance écologique des marais salants (2nd International Conference on the ecological Importance of solar Saltwork. 26-28 March 2009, Merida, Yucatan, Mexico). Le premier porte sur la régénération des mangroves et le second sur les problèmes de production du sel de mer.


La Mangrove - un allié précieux pour la sauvegarde de la production salinière en zone inter tropicale

La Baie de Diego Suarez (Antsiranana) est située à proximité de la pointe nord de l'île de Madagascar. On y produit du sel de mer depuis 1985. Le site actuel de production, appelé Saline d'Antsahampano, est situé au fond de la Baie de Diego Suarez; il est entouré, par endroits, d'une mangrove. Cette mangrove est composée de palétuviers qui comportent les espèces suivantes:

- Rhizophora mucronata,

- Sonneratia alba,

- Avicennia marina,

- Bruguiera gymnorhiza,

- Ceriops tagal.

La mangrove est un écosystème original. C'est une forêt amphibie qui fait la transition entre le milieu marin et l'arrière -pays du trait de côte, avec présence d'eau douce du fait de l'embouchure d'une rivière ("Rivière des Makis"). Cette forêt n'a pas de sous bois du fait de l'enchevêtrement des troncs et des racines aériennes ou pneumatophores.

 

Le rôle bénéfique de la mangrove est multiple:

- fixation des sédiments meubles littoraux,

- formation d'humus par la décomposition des matières végétales retenues par les racines échasses et les pneumatophores,

- Filtration des eaux littorales et rétention des particules en suspension.

De ce fait, l'exploitant salinier (Compagnie Salinière de Madagascar - CSM) a entrepris depuis quelques années une campagne de régénération de la mangrove car elle était en voie de disparition par l'effet du charbonisme. Cette régénération permettra de garantir une bonne qualité de l'eau de mer à l'endroit de la prise d'eau à la mer, mais elle vise aussi à constituer une brise-lame pour ce que l'on appelle "Digue de la Vasière". Le second aspect est d'autant plus important que du fait du changement climatique, on observe une remontée du niveau de la mer.

Le programme de régénération de la mangrove a démarré fin 2006. Aujourd'hui, la bilan est globalement positif. Le rythme de plantation est d'environ 15 jours par mois avec Rhizophora mucronata. Avec une équipe de 4 personnes à raison de 100 plants par personne, nous sommes actuellement entre 9000 et 10000 plants sur la longueur de 1300m environ de la Digue de la Vasière. L'opération se heurte par endroits à des phénomènes de parasitage par une variété d'huître tronconique qui recouvre les troncs des jeunes plants jusqu'à les faire pourrir.

En 2008, deux autres expérience ont été lancées:
- le repiquage de plantules de Rhizophora mucronata de part et d'autre d'une jetée menant au quai d'embarquement du sel afin de favoriser l'atterrissement et de la protéger comme l'érosion des vagues lors des tempêtes,
- le repiquage des plantules d'Avicennia marina dans la zone déboisée en arrière de la mangrove, là ou la tanne tend à se développer - afin de constituer un couvert végétal en bordure d'une zone d'extension de la Saline.

La mangrove n'est pas en écosystème banal, il s'avère être un allié précieux de la sauvegarde de la production salinière dans le contexte de remontée du niveau de la mer due au changement climatique.

Repiquage de plantules du palétuvier
Rhizophore mucronata

Barthélemi VAOHITA et Jean Yves MORVAN


Les conséquences du changement climatique sur la production du sel de mer

cas de la Compagnie Salinière de Madagascar

Le changement climatique présente 3 conséquences néfastes pour la production salinière :

1°)la remontée du niveau de la mer

A cause de la fonte des glaciers et de la dilatation thermique, le niveau marin s'élève partout dans le monde et plus rapidement à certains endroits qu'à d'autres. La prévision de hausse s'étale entre 18 et 59 cm d'ici 2100, ce qui mettra en danger les ouvrages - notamment saliniers - construits en bord de mer. Ainsi, d'ici 2100, beaucoup de marais salants risquent de disparaître dans le monde. Dans l'immédiat, le problème de la Compagnie Salinière de Madagascar porte sur la digue de la Vasière qu'il faudra sans doute recharger périodiquement à cause des effets des tempêtes côtières. Depuis 2006, des actions de régénération de la mangrove sont engagées dans le Cul de Sac Gallois (partie sud de la Baie de Diego Suarez) afin d'amortir les effets d'érosion liés à la remontée du niveau de la mer. Ces actions sont en concordance avec la Déclaration de RIO (1992) sur l'environnement et le développement indiquant que les zones côtières étaient un milieu prioritaire à protéger.

2°) le changement de salinité de l'eau de mer

En campagne de production, le titre de l'eau de mer à la prise d'eau faisait couramment 3,3° B. Cela étant, la Compagnie Salinière de Madagascar bénéficiait d'un effet évaporateur portant sur les eaux littorales. A présent, le titre est de 3,1°B- tout se passe comme s'il fallait davantage de partènements (surfaces préparatoires permettant la concentration de l'eau de mer) pour avoir le même résultat. Ce phénomène est dû au changement climatique qui provoque des modifications au niveau des courants marins; à présent, la passe de la Baie de Diego paraît recevoir plutôt des eaux océaniques profondes que des eaux littorales.

3°) la diminution de la durée de campagne de production

Il y a quelques années encore, on observait un PMS (Point Moyen de Saunaison) au premier avril; aujourd'hui, il se situe courant avril ou même mai.

Par ailleurs, on a observé en 2006 et en 2008 un démarrage de la saison des pluies à la mi-novembre. Ces décalages dans les dates de début et fin de campagne font diminuer la durée de la campagne de production. Dans l'étude que le Ministère des Transports et de la Météorologie de Madagascar vient de réaliser, il est indiqué qu'une grande partie de Madagascar deviendrait plus humide en novembre (particulièrement au nord) et en décembre.

Afin de faire face à ces nouvelles conditions de production et à l'augmentation des besoins en sel, la Compagnie Salinière de Madagascar a dû engager un vaste programme d'extension des surfaces évaporantes dont les premiers effets sont attendus à partir de 2010.

Jean Yves MORVAN